L’accord de diffusion Riot Games/ESPN sous le signe de l’opacité ?

ESPN. Derrière cet acronyme – Entertainment Sport Programming Network – se cache l’une des plus grosses chaînes de télévision sportive des Etats-Unis, filiale depuis 1996 de la Walt Disney Company (80%). Regardée par plus de 88 millions de foyers américains en 2017, c’est une référence en la matière. Mais elle ne sera pas étrangère à l’e-sport non plus. Riot Games annonçait en effet le 25 mai dernier la cession des droits de diffusion des LCS NA dans un nouvel accord avec ESPN, via leur nouvelle plateforme créée le 12 avril : ESPN+.

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L’historique d’un premier accord de diffusion entre Riot Games et BAMTech

Mais l’histoire remonte plus loin encore. Le 16 décembre 2016, un partenariat colossal, plus de 300 millions de dollars au bénéfice de Riot, était noué entre l’éditeur de League of Legends et BAMTech (diffuseurs de MLB ou encore WWE) en vue d’obtenir un accord de diffusion exclusif des LCS prévu jusqu’en 2023. L’information avait été dévoilée par le Wall Street Journal et nous en avions parlé sur Connectesport. Le projet paraissait déjà bien concret : gestion des streams sur Twitch et arrivée d’une application mobile pour regrouper les flux. Une façon pensée de manière à faciliter l’accès aux diffusions, plus centralisées. Jarred Kennedy, responsable du département e-sport chez Riot, assurait même que le contenu resterait accessible et gratuit en plus d’être une expérience avant-gardiste. L’arrivée du franchising et du partage de revenu au même moment promettait un futur radieux.

Rapidement, le franchising est le moyen de permettre l’accès à la ligue pour les équipes non plus par rapport aux performances (ce qui existait pour les LCS avec notamment les Challenger Series), mais grâce à l’achat d’une place pour plusieurs saisons d’affilée assurant ainsi une plus grande stabilité pour favoriser l’investissement de celles-ci, les structures n’étant plus soumises aux résultats. Ce système est déjà en place dans plusieurs ligues sportives. Dans ce cadre devait aussi intervenir le partage de revenus. Riot s’engageait à partager les revenus des diffusions et des tickets d’entrée aux équipes, qui partageaient de leur côté leurs revenus de sponsorship et merchandising pour équilibrer les finances des équipes plus modestes. Une relation gagnant-gagnant qui donnait également l’assurance d’un salaire minimum aux joueurs.

Mais alors, pourquoi un tel revirement ?

En août 2017, Disney devient l’actionnaire majoritaire de BAMTech pour 1,5 milliard de dollars, pleinement décidé à œuvrer dans le streaming. Rappelons que, dans le même temps, Disney annonçait le retrait de ses productions sur Netflix au profit de sa propre plateforme, ESPN+. À nouveau propriétaire, nouvelle stratégie. L’accord avec Riot Games est renégocié dans le secret le plus total. Travis Gafford, journaliste e-sport américain, questionne dans une vidéo les raisons de ce culte du secret si différent des anciennes communications en grande pompe avec BAMTech. Et c’est peu dire : les sommes entre Riot Games et ESPN sont inconnues, de même que la durée du partenariat et les compétitions concernées.

Mais de nombreux journalistes évoquaient déjà une régression conséquente. À l’instar de ce qui était initialement conclu, Disney ne centrerait pas son offre sur le potentiel proposé par League of Legends : ce serait un moyen pour rendre ESPN+ globalement plus attractif (payant au prix de 5 dollars par mois) en améliorant le catalogue proposé. En outre, ESPN+ a précisé diffuser uniquement les compétitions nord-américaines, au détriment du reste (sans information pour les World, MSI ou Rift Rivals). L’e-sport serait ainsi classé à la même enseigne que les autres ligues sportives. Il est possible, comme l’expliquait un rédacteur de Millenium, de comparer cela à Canal+ rachetant les droits du football français dans les années 90 pour attirer plus de clients.

A la suite de l’accord, des questions en suspens…

Malgré tout, à cause de l’opacité entourant tout cela, il est difficile de prévoir le futur et de nombreuses questions restent en suspens. Que reste-t-il du deal avec BAMTech ? Qu’en est-il des montants du contrat, peut-être revus à la baisse ? Ce secret risque-t-il de faire fuir les investisseurs, notamment avec l’ouverture du franchising au sein des LCS EU ? Cet accord entraînera-t-il réellement une plus grande visibilité, League of Legends étant mêlé au milieu des autres diffusions ? Tout cela aura-t-il un impact sur le partage de revenus si bénéfique aux équipes et aux joueurs ? Et enfin, quelles sont les implications sur le long-terme ? Nous attendons donc des communiqués plus précis d’ici là !

En savoir plus sur l'auteur
Rédacteur généraliste et League of Legends occasionnel, ADC hardstuck depuis la saison 2. Parfois, je divague sur Overwatch.

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