La confédération allemande des sports olympiques réfute l’appellation esport, au profit d’eGaming

Le Deutscher Olympischer SportBund (DOSB), la confédération allemande des sports olympiques, vient de statuer sur l’esport, refusant de le considérer comme un sport tout en lui préférant une autre appellation : l’eGaming. Un pas en arrière pour la légitimité et l’institutionnalisation du secteur en Allemagne.

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Le lundi 29 octobre, le conseil d’administration du DOSB s’est positionné sur la question de l’esport. Suite aux réflexions de son groupe de travail, le DOSB prévoyait 4 scénarios pour l’esport allemand.

A. Incorporation de l’esport dans les structures du sport.
B. Un développement d’association tourné vers l’avenir en vue de nouvelles offres sportives virtuelles.
C. Un travail de jeunesse contemporain et un élargissement de l’éventail des activités des clubs sportifs.
D. Refus justifié de l’esport.

Considérant que le terme sport dans le mot esport est trompeur et ne retranscrit pas les mêmes réalités que l’activité sportive, le DOSB a préféré le terme d’eGaming. Le DOSB déclare également que l’esport ne répond pas à leurs critères pour être considéré comme une activité sportive, et en profite pour rejeter la définition de l’esport donnée par l’ESBD, la fédération allemande d’esport.

Le DOSB a également pris en compte les avis de l’Organisation Mondiale de la Santé concernant l’addiction des jeunes aux jeux vidéo, et a rappelé qu’un grand nombre de jeux esport sont en contradiction avec les valeurs éthiques du sport et donc du DOSB. Pour ces raisons, l’esport – ou plutôt l’eGaming, si on s’accorde avec la décision de la confédération – ne risque pas d’être considéré outre mesure par le comité olympique.

Ils ne voient d’ailleurs pas nécessaire de créer une ou plusieurs associations esportives autonomes sous l’ombrelle du DOSB.

Distinction entre jeux de simulations et esport

La DOSB a donc instauré un distinguo entre les jeux de simulations sportives (le football, le tir à l’arc, la voile, le basketball ou le tennis) et les jeux que nous étiquetons habituellement comme esport (LoL, CS:GO, Overwatch…) La confédération préférera ainsi pour ces derniers le terme d’eGaming mentionné précédemment (une contraction d’electronic et gaming qui ne fait pas vraiment sens).

Le comité semble voir dans les jeux de simulations sportives un fort intérêt pour la pérennité des clubs sportifs. Leur intégration pourrait, sous certaines conditions, “offrir de nouvelles façons aux membres de s’affilier et de devenir membres, ouvrir de nouvelles perspectives pour les clubs sportifs et contribuer à un engagement et une participation accrus dans un espace virtuel”.

Dans tous les cas, le jeu en ligne ne semble pas correspondre à la vision du comité vis-à-vis du sport : il n’est pas considéré comme une activité sportive indépendante, bien que la DOSB reconnaisse son importance pour la culture et la jeunesse.

Cette décision paraît surréaliste, tant les différents comités olympiques ont entendu les appels du monde esportif. Le Comité International Olympique organisait en juillet dernier un sommet sur l’esport, lors duquel Thomas Bach, son prédisent, a annoncé la création d’un groupe de travail et a rappelé les préoccupations du CIO sur cette question.

Le Conseil Olympique d’Asie était quant à lui allé bien plus loin en incluant l’esport (et d’autres jeux non-esports) lors des Asian Games 2018. L’esport était alors considéré comme un “demonstration sport”, c’est-à-dire une compétition où les médailles remportées ne compteraient pas dans le total des médailles par pays – cela devrait changer pour l’édition 2022.

Critiques des acteurs

La décision de la DOSB n’a pas manqué de faire réagir de nombreux acteurs de l’esport allemand, à commencer par l’ESBD, la fédération allemande d’esport. Hans Jagnow, son président, a réagi dans un thread indiquant que la confédération n’avait pas compris les intérêts de considérer l’esport comme un sport. BIGCLAN, la principale organisation esportive de Berlin, a également répondu à la déicsion du DOSB dans un tweet sans équivoque.

Du côté des politiques, Dorothée Bär, la secrétaire d’Etat au numérique, a elle aussi déclaré ne pas comprendre le positionnement du DOSB.

« Le positionnement du DOSB est difficile à comprendre dans le contexte de la transformation numérique dans laquelle se trouve le monde. Il devrait être axé sur les possibilités offertes par le sport électronique en tant qu’enrichissement et complément des sports analogiques. “C’était une erreur de penser qu’il ne pouvait y avoir” ni l’un ni l’autre “entre le monde numérique et le monde analogique. »

Les batailles idéologiques sur le sujet de l’esport en Allemagne atteignent ici un point culminant, tant les divisions n’ont jamais été aussi fortes et les avis aussi tranchés. Cette décision de la confédération intervient d’ailleurs après de nombreux échanges positifs avec le gouvernement : possible reconnaissance de l’esport comme un sport et mise en place de VISA éphémères pour les joueurs professionnels.

Il faudra suivre avec attention les prochains échanges entre les acteurs esportifs, les politiques et le comité allemand du sport, pour qu’enfin une décision collective soit prise, si tant est qu’elle soit possible.

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