Des employés de Riot Games en grève pour contester les pratiques de l’éditeur

La tension monte dans les locaux de Riot Games. Le lundi 6 mai, de 14h à 16h, plus d’une centaine d’employé·e·s ont fait grève pour critiquer l’absence de mesures prises par l’éditeur pour contrer la culture sexiste de l’entreprise, et pour soutenir les actions de certains de leurs collègues. C’est la première fois qu’une grève se tient dans un studio de développement de jeux vidéo aussi important.

riot grèveLes employé·e·s de Riot Games se réunissaient pour parler de leurs conditions de travail (© Kevin Hitt)

Pour bien comprendre les tenants et aboutissants de la grève, il faut revenir 8 mois en arrière.

Le 7 août 2018, Cécilia d’Anastasio, reporter chez Kotaku, publiait son dossier intitulé “Inside The Culture of Sexism at Riot Games“. En s’appuyant sur les nombreux témoignages de femmes et d’hommes travaillant ou ayant travaillé pour l’éditeur de League of Legends, elle a mis au jour des éléments accablants contre la firme : sexisme, misogynie, stéréotypes genrées et intimidations font partie des critiques adressées à Riot.

Fin août, Riot Games publiait sa réponse et proposait des initiatives pour améliorer sa culture d’entreprise. Vous retrouverez l’ensemble des mesures annoncées par l’éditeur dans notre article. Au moment des faits, nous avions contacté un haut cadre de Riot Games pour l’interroger sur le bien-fondé de ses mesures : nos questions sont restées sans réponses.

Que reprochent les grévistes à Riot Games ?

Depuis ce premier article de Kotaku, d’autres faits ont été révélés au grand public. En décembre 2018, Scott Gelb, le Chief Operating Officer était suspendu pendant 2 mois par Nicolo Laurent (le CEO) pour avoir touché les parties génitales et les fesses de certains employés de Riot Games – et pour d’autres pratiques tout aussi nocives. Certains employés avaient alors critiqué l’entreprise, considérant que la sanction à l’encontre du COO, pour des faits aussi graves, était minime.

riot games grèveUne rioter en grève (© Nicole Clark)

Depuis, 5 anciens et actuels employés de Riot ont poursuivi l’éditeur pour, entre autres, violation du California’s Equal Pay Act.

Le California Equal Pay Act est un amendement de la loi du travail californienne qui protège les employé·e·s désirant discuter des salaires de leurs collègues, et qui vient contrecarrer les failles qui permettent aux employeurs de justifier des inégalités salariales entre femmes et hommes.

Riot Games a déposé une motion contre deux de ses employés, forçant ainsi leur dossier à ne pas aller devant un jury. En effet, lorsqu’une personne signe son contrat chez Riot Games, elle accepte de facto de ne pas poursuivre en justice son employeur. Si désaccord il y a, cela doit passer par un arbitrage forcé : les deux parties se retrouvent en privé avec un arbitre qui doit aider à résoudre le problème.

C’est ce qu’a fait Riot Games avec deux des employé·e·s l’ayant poursuivi. Pour cette raison – et pour d’autres que nous listons plus bas –, plusieurs employé·e·s ont alors décidé de faire grève.

En bref, et en compilant les différents discours des rioters issus des articles de Kotaku, les raisons de la grève sont les suivantes :

  • apporter un soutien symbolique aux deux plaignants
  • manifester contre l’absence de signes concrets d’amélioration de la culture sexiste de l’entreprise
  • par leur présence, forcer les leaders de Riot Games à écouter leurs demandes et à prendre réellement en main les problèmes cités

150 grévistes pour une journée historique

Plus de 150 employés ont fait grève ce lundi 6 mai. Ils se sont réunis sur le parking du campus de Riot Games à Los Angeles. Plusieurs d’entre eux arboraient des pancartes où on pouvait lire les mentions suivantes : “Soyez l’entreprise que vous déclarez être” “En faisant taire l’un d’entre nous, vous nous faites tous taire !” “La force n’est pas un mot que les femmes aiment” “Je l’ai signalé et il a eu une promotion”

grève chez riot games image à la uneDes employé·e·s s’adressaient à leurs collèges devant une fresque (© Emily Rand)

Cette première grève dans un studio de développement de cette importance est un signe fort. En s’unissant, les employés de Riot Games ont prouvé que le secteur du jeu vidéo et de l’esport pouvait lui aussi s’emparer de sujets aussi essentiels que la défense des conditions des travailleurs, la lutte contre le sexisme et la misogynie dans l’entreprise, et la lutte contre les injustices et la partialité provenant des hauts cadres.

Cette grève intervient peu après les dénonciations des conditions de travail dans les studios de Rockstar Games (Red Dead Redemption 2), d’Epic Games (Fortnite) et de NetherRealm (Mortal Kombat). Bien que les revendications des rioters soient différentes de celles des développeurs des studios cités, on ne peut que se féliciter de la portée potentielle d’une telle action dans le secteur du jeu vidéo.

Il s’agit maintenant d’attendre de voir si cette première grève sera suivie d’autres, et si celle-ci aura su convaincre d’autres rioters. Si l’éditeur ne souhaite pas que la contestation ne se répande comme une traînée de poudre, il devra prendre pleinement conscience des enjeux soulevés par les revendications de ses employés.

Source image à la une : Nicole Clark

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