Handicap physique – L’esport, un outil d’insertion sociale

En Europe, le sport est reconnu comme un facteur d’intégration sociale. Cependant, pour une personne souffrant d’un handicap physique, c’est un monde difficile à atteindre. L’un souffre de troubles totaux ou partiels de la motricité, l’autre est un univers qui demande une excellente dextérité. Résultat, une frustration peut se développer pour ces personnes. Or, l’esport est un espace virtuel qui ne demande pas de solliciter l’intégralité du corps, et ouvre ainsi l’éventail pour ces personnes de le pratiquer.

handicap-physique-esport-disabledCredit : James Hines (JRH) – DeviantArt

Avant-propos

Cet article se concentre avant tout sur la capacité de l’esport à mobiliser et à intégrer des individus subissant une exclusion sociale, notamment les personnes handicapées. Nous avions déjà abordé la difficulté des joueurs handicapés à jouer aux jeux vidéo. Ainsi qu’une analyse complète sur les maladies handicapantes dans les jeux vidéo, telles que les dyschromatopsies et la dyspraxie. Nous ne parlerons pas des personnes atteintes de cécité ou de malvoyance, étant donné qu’il n’existe aucun “jeu esportif” pour ces individus. Ici, nous qualifions l’esport comme un sport, comme l’a reconnu l’Allemagne.

D’après un rapport parlementaire rapporté par le compte-rendu réalisé par Nielsen, sur la conférence répondant à la question “L’esport est-il un sport comme les autres ?“, il y aurait 850.000 compétiteurs esportifs occasionnels, dont 398.000 joueurs réguliers. En soi, l’esport se classerait au 9e rang des fédérations unisport françaises, derrière le rugby et le golf.

Les valeurs du sport, vertus sociales

Les valeurs diffusées par le sport, comme l’excellence, l’amitié et le respect (selon les valeurs de l’Olympisme des Jeux de Paris de 2024), sont souvent prônées par les grandes instances du sport traditionnel. Ceci contribue à une image positive du sport. Dans Le livre blanc sur le sport, la Commission européenne a retenu le sens du terme “sport” apporté par le Conseil de l’Europe :

« On entend par “sport” toutes formes d’activités physiques qui, à travers une participation organisée ou non, ont pour objectif l’expression ou l’amélioration de la condition physique et psychique, le développement des relations sociales ou l’obtention de résultats en compétition de tous niveaux. »

Nous pouvons retenir que le sport développe les rapports humains et rappeler qu’il génère des valeurs essentielles, telles que la solidarité, la tolérance, l’épanouissement personnel et l’activité citoyenne. Le fair-play est également initié par le sport, permettant le respect de l’adversaire et l’acception de la défaite. Ces valeurs permettent à chaque individu pratiquant un sport de bénéficier d’une insertion sociale.

L’esport, outil d’intégration sociale

Les personnes handicapées éprouvent de réelles difficultés à établir des relations en dehors de leur environnement familial. L’obstacle est encore plus grand quant à l’accessibilité d’un exercice physique. Ce qui peut engendrer une certaine frustration, anxiété voire un état dépressif. C’est là qu’intervient l’univers virtuel que propose l’esport. Un espace numérique abordable par des gestes, certes répétitifs et d’une rapidité constante, mais impliquant que les mouvements du poignet et des doigts.

Par ailleurs, lors de la conférence dédiée à l’esport, organisée par l’Association Nationale des Étudiants en STAPS (ANESTAPS), le docteur en science du sport, Nicolas Besombes, a confirmé l’inclusion sociale des personnes handicapées via l’esport. Soulignons que ce dernier a rédigé une thèse sur l’esport nommé : Sport électronique, agressivité motrice et sociabilités.

Un espace numérique qui, comme le sport, est un milieu très compétitif. Cela a pour conséquence de favoriser la découverte de soi de par le contact avec les coéquipiers ou les adversaires. L’esport agit aussi comme un apprentissage de la vie collective. Surtout que c’est un phénomène social avec assez peu de barrières à l’entrée et accessible à tous.

Des obstacles… et des exceptions

De nombreux problèmes subsistent et mettent à mal l’image idéale d’intégration dans l’esport, voire le jeu vidéo dans son ensemble. De nombreuses personnes handicapées ont une motricité des bras ou des mains extrêmement réduite, voire nulle. Malheureusement, de rares jeux vidéo sont adaptés pour ces individus, et aucun jeu esportif ne leur est accessible.

Hormis Hearthstone et tous les TCG, l’ensemble des jeux pratiqués de manière esportive, demande aux compétiteurs une dextérité plus performante que leur adversaire. Or, comment réussir cet exploit lorsque la personne est victime d’une maladie rare, qui le prive de ses membres fondamentaux pour jouer aux jeux vidéo ? Néanmoins, penser qu’il n’est plus possible pour eux de jouer aux jeux vidéo est une lourde insulte à leur volonté, et à leur remarquable capacité d’adaptation. Voici quelques exemples :

  • Michael “handi” Olson a ému et impressionné la communauté des gamers. Handi est né sans bras ni jambes, et détrompez-vous, c’est un excellent joueur sur Counter Strike : Global Offensive.
  • Alexander Kostov est atteint d’amyotrophie spinale, ce qui rend impossible pour lui l’utilisation de manettes de jeu traditionnelles. Ceci ne l’empêche pas pour autant de jouer à Minecraft via ses sourcils.

En effet, les exemples ci-dessus ne désignent que des individus jouant à des jeux par loisir. Néanmoins il serait faux de dire qu’il n’existe aucun joueur handicapé dans l’esport. Le cas de Mike “BrolyLegs” Begum est une exception remarquable. Il est atteint d’arthrogrypose l’obligeant à se servir d’une manette avec sa bouche. Malgré cela, BrolyLegs est reconnu comme l’un des meilleurs joueurs de Street Fighter IV aux USA avec le personnage Chun Li. Ce joueur de haut niveau affronte les plus grands compétiteurs du monde lors des éditions EVO.

Bien sûr, l’handicap physique peut aussi être dû à un accident de la vie. Une blessure qui peut stopper net la pratique d’un sport, mobilisant ainsi la volonté de la personne dans les jeux vidéo. C’est particulièrement le cas du joueur Rainbow Six : Siege de chez Evil Geniuses, Troy “Canadian” Jaroslawski. Un arrêt suite à des traumas crâniens et des blessures à répétition. Pour compenser ce manque d’activité et par ennui, le Canadien s’est lancé dans l’esport.

L’esport devient de plus en plus accessible !

L’espace numérique que propose l’esport est un environnement qui facilite le développement des compétences et la concurrence à travers les jeux vidéo. Un monde particulièrement important pour les personnes ayant un handicap, puisque dans certains cas, c’est leur seule option sportive. Seulement, comme l’ont prouvé les exemples ci-dessus, ces personnes vivent avec les limitations qu’impose leur handicap en s’adaptant aux périphériques grand public.

Le jeu vidéo est un refuge pour beaucoup d’entre eux. Il leur permet de jouer et discuter avec leurs amis. Évidemment, les périphériques ne sont pas étudiés pour les personnes handicapées. C’est donc là qu’interviennent plusieurs associations, telles que CapGame et HandiGamer, qui se sont spécialisées dans les appareils sur mesures. En plus de créer et fournir des outils pour permettre aux handicapés de jouer, ils sont aussi à la manœuvre pour sensibiliser les constructeurs. Comme précisé dans le dossier beIN Esports, ces associations misent sur l’esport pour permettre aux géants du jeu vidéo de fournir des périphériques et manettes accessibles aux individus en situation d’handicap. A l’instar de ces associations, même EDF s’est chargé de sensibiliser le grand public sur l’accessibilité aux jeux vidéo pour les personnes en situation d’handicap, lors de la dernière Gamers Assembly.

En octobre 2014, un tournoi international d’esport pour joueurs handicapés, organisé par l’International e-Sport Federation (leSF), avait eu lieu à Séoul, en Corée du Sud. L’évènement avait une logistique adaptée et rassemblait plus de 200 joueurs de 12 pays, dont les États-Unis, l’Afrique du Sud, l’Allemagne et la Corée du Sud. Ils ont joué à League of Legends, StarCraft 2 et FIFA Online 3. Selon les propos des organisateurs recueillis par Sports Kyunghyang, l’esport peut aider à la réhabilitation et améliorer la qualité de vie des joueurs handicapés, fournissant un développement social.

Malgré la bonne initiative de leSF, pour le directeur de CapGame, Jérôme Dupire, il précise que cela serait mauvais de dissocier les joueurs handicapés des autres joueurs comme dans le sport traditionnel. En effet, ces personnes subissent déjà une fracture sociale qui leur pèse. Pour Jérôme Dupire, le jeu vidéo, voire l’esport, est un monde qui permet de casser les inégalités sociales.

En savoir plus sur l'auteur
Formé chez InFamouS eSport [I4L] (2012 - 2016) en tant que directeur media, puis par la suite rédac' chef ▓▓▓ Je possède la 1ère chaîne française de #tuto dédiée à la plateforme YouTube [ShowMeHowTV] ▓▓▓ Rédacteur généraliste, vous pouvez aussi voir mes articles sur LoL et CS:GO.

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