Le dopage dans l’esport : La face cachée

Parlons aujourd’hui d’un sujet pour le moins tabou : le dopage dans l’esport. S’il est reconnu comme un fléau dans les sports dits “traditionnels” on en entend très peu parler dans le secteur du sport électronique. Les joueurs sont-ils contrôlés ? Le dopage épargne-t-il miraculeusement l’esport ? Nous vous proposons d’analyser la situation actuelle.

Le dopage dans l'esport

Qu’est-ce que le dopage ?

Première question importante qu’il faut se poser, qu’est-ce donc que le dopage ? Il se définit comme “une prise de substance ayant pour but d’augmenter artificiellement ses capacités sur le plan physique et intellectuel. C’est le premier point important. Oui, prendre des substances jouant sur la capacité de réflexion, les réflexes ou encore la concentration, c’est du dopage. C’est un point important, car vous en conviendrez, si l’on se base uniquement sur la recherche d’amélioration de performances physiques, on pourrait croire que l’esport serait épargné.

Maintenant que l’on sait ce qu’est le dopage, passons à la pratique. Comment se dope-t-on ? Le plus souvent, les produits utilisés sont des composants chimiques qu’il est nécessaire de synthétiser. Autrement dit, cela demande de la recherche, des infrastructures et une équipe de scientifiques. Niveau discrétion pour quelque chose d’illégal, on peut mieux faire. Le plus souvent, ce sont donc des médicaments qui vont être détournés de leur usage pour se doper.

Pour illustrer cela, prenons en exemple l’érythropoïétine (ou EPO pour les intimes). Qui ne connait pas l’EPO ? Surtout dans notre pays, où ce terme ressort depuis des années lors du Tour de France. Ce que vous ne saviez peut-être pas, c’est que l’EPO est à la base un médicament. En effet, en faisant un petit tour sur le Vidal, on se rend compte qu’il est utilisé pour traiter l’anémie. L’anémie est un déficit en globule rouge, sachant que ces derniers ont pour rôle le transport de l’oxygène aux muscles. Les médecins sportifs y ont vu une opportunité à en faire un produit dopant. En administrant de l’EPO à un sportif, on augmente le nombre de globules rouges, donc l’oxygénation des muscles. Cela va avoir pour effet de réaliser des efforts plus violents et plus longtemps.

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Le dopage dans l’esport

Comme vous pouvez vous en douter, l’EPO n’a pas vraiment d’utilité dans le domaine de l’esport. Ce que les joueurs vont rechercher, ce sont plutôt des substances jouant sur leurs capacités mentales. Il y a deux ans a éclaté l’un des plus grands scandales de dopage en esport. C’est Semphis, joueur Counter Strike pour Cloud9, qui va lâcher la bombe. En effet, il avoue que lui, son équipe et toutes les équipes de l’ESL ONE Katowice étaient dopés.

Le produit en cause est déjà bien connu. Avant ce scandale massif, des joueurs de Call of Duty avaient déjà été pris la main dans le sac (de pilule) à se doper. Le produit en question est connu sous le charmant nom commercial d’Adderall. L’Adderall est un mélange de quatre sels d’amphétamines. Il est utilisé dans les troubles de l’attention. Et c’est la raison principale  du dopage dans l’esport. Il va en effet permettre une concentration et une attention optimale aux moindres détails. En bref, tout ce que peut désirer booster un joueur.

Ce dopage n’est cependant pas réservé aux FPS. Un ancien membre du staff d’une équipe League of Legends d’un niveau subtop Européen nous a confié avoir été témoin d’un cas de chantage à l’Adderall. Les joueurs menaçaient en effet de quitter la structure si elle ne leur fournissait pas de l’Adderall avant les matchs.

L’Adderall comporte de gros risques

Au-delà du fait que cette pratique soit illégale, il est aussi nécessaire de préciser que la prise de ces médicaments, sortis de leur usage et doses thérapeutiques, est dangereuse. En se dopant, les sportifs et esportifs risquent leur vie et prennent des risques à moyen et long terme. Combien de sportifs se retrouvent avec des cancers des années après avoir consommé de l’EPO ? Quant à l’Adderall, il est composé de sels d’amphétamines et est donc extrêmement addictif. Un témoin nous a d’ailleurs confié avoir déjà vu un joueur ne pas être bien, tremblant sans doute à cause du manque d’Adderall en backstage d’événement.

La performance vaut-elle le coût de sacrifier des années de sa vie ? Au-delà de la problématique de la légalité, il est important de poser ces questions. Encore plus important quand on sait que les joueurs pro en esport ont sûrement une des moyennes d’âge les plus faibles de tous les sports. A partir de là, la perspective de la prise de produits dopants en échange d’une vie rêvée pour des jeunes peut paraître alléchante. Le dopage dans l’esport est un réel problème qu’il faut régler dès maintenant.

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Quelles réactions dans le secteur ?

L’annonce de Semphis a eu l’effet d’une bombe. La presse tant esportive que “classique” s’est emparée de l’histoire. Dans la foulée, l’ESL a annoncé un partenariat avec l’Agence Mondiale Antidopage pour lutter contre celui-ci. On imaginait alors que les choses allaient être prises en main afin d’éviter la prolifération du phénomène. Mais depuis, silence radio. La poussière a été repoussée sous le tapis. Un dopage qui commençait à devenir norme ne pouvait disparaître aussi rapidement.

Le tort est d’autant plus important lorsque l’on sait qu’à l’instar de l’Agence Mondiale Antidopage, une agence censée contrôler le dopage dans l’esport a été créée. Elle se nomme l’ESIC. Elle a dressé une liste de produits considérés comme dopant pour la pratique de l’esport (dont l’Adderall fait partie). La seule exception qui autorise à la consommation de ces produits est bien évidemment une ordonnance en bonne et due forme du médecin. Cependant, comme pour le cas de l’Agence Mondiale Antidopage évoqué précédemment, les contrôles ne sont pas effectués.

Le dopage dans l’esport existe, c’est un fait. De plus, la non-réaction des autorités qui gèrent les compétitions n’endigue pas le phénomène. Il y a donc fort à parier qu’une part non négligeable de joueurs soit dopés. Cependant, en l’absence de contrôles, ils ne le sont officiellement pas et l’esport est donc considéré comme un “sport propre”.

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Rédacteur eSport sur League of Legends, PUBG et Fortnite

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