League Of Legends

     Depuis maintenant quelques semaines, la scène semi-professionnelle s’est vu ajouter plusieurs line-up 100% féminines. Volonté de développer la professionnalisation des femmes sur League of Legends, action marketing de la part des structures, ou bien encore désir des femmes de s’exprimer et s’affirmer dans un monde assez macho et totalement masculin jusqu’à présent? A travers cette petite enquête nous allons essayer d’éclaircir ce petit bouleversement qui est en train de s’opérer. Pour nous aider, Narkuss, ancien joueur professionnel, a bien voulu répondre à nos questions. Non seulement ancien professionnel et donc connaissant bien la scène compétitive et son aspect exclusivement masculin, il est aujourd’hui coach d’une des premières équipes féminines à vocation compétitive. Il est donc au cœur de ce changement qui est en train de s’opérer sur notre jeu de prédilection.

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Narkuss alors encore sous les couleurs Millenium avec l’équipe M Spirit

Un chiffre

     Selon les estimations de Riot, Il n’y aurait que 10% de femmes jouant à League à Legends sur un total de 70 millions de noms d’invocateurs enregistrés. C’est bien évidemment très peu mais certainement bien plus que ce que certains pourraient penser. L’une des raisons pour lesquelles les femmes sont pour le moment si peu représentées est purement et simplement liée aux mentalités que l’on peut observer en jeu. Pour garder leur tranquillité la grande majorité de la gent féminine préfère ne pas révéler leur sexe de peur de subir bien des clichés : « Les filles, ça joue que support », « les filles qui sont supérieures à gold sont eloboost par leur copain », ou bien d’autres railleries bien plus graveleuses. Mais depuis quelques temps les choses changent notamment avec une équipe française.

Team L2P

     Le 9 Juin, Narkuss ancien joueur Millenium, a lancé un projet qui pour l’époque semblait avant-gardiste: une team 100% féminine nommée L2P. Il nous explique que sa motivation première était de « rester dans le monde de l’E-sport et quoi de mieux,  pour se faire, que de devenir coach ». Il nous dit également que le choix d’une team féminine pouvait également être une bonne « aventure » car il connait « beaucoup de filles qui jouent » et sa copine faisait elle aussi partie d’une équipe féminine. Il indique également que très peu de filles sont connues pour leur niveau de jeu, et cela peut se constater en parcourant simplement les chaînes twitch. Le but pour lui est donc aussi de changer cette « image ultra négative sur twitch en mode boobs et écervelée sans niveau ».

     Concernant l’équipe en elle même, elle est composée d’un niveau solide avec quatre filles diamant et une platine pour ceux qui pourraient penser qu’il ne peut y avoir de filles à un bon niveau. Vous pouvez retrouver la line-up avec plus de détail sur le site L2P, dont Narkuss est l’initiateur, à la section « L’équipe féminine ».

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La team L2P de gauche à droite: Top Ayunie, Jungle Lady Sina, Mid Pandi, ADC Maychang, Support Shinyfall

Les nouveaux arrivants

    Depuis donc maintenant quelques temps plusieurs grosses écuries ont annoncé leur équipe 100% féminine comme LDLC, Acer ou bien Logitech. Ceux sont d’ailleurs trois teams internationales où ne figure aucune française: l’équipe Logitech étant composée de cinq chinoises, l’équipe LDLC, elle, regroupe trois espagnoles et deux allemandes et enfin l’équipe Acer avec une allemande une polonaise une portugaise une danoise et une italienne. L’annonce de ces trois équipes issues de structures extrêmement bien rodées peut s’expliquer par une raison assez simple. Pour le prochain ESWC, qui aura lieu durant la Paris Games Week, se déroulera un tournoi exclusivement féminin. Et pour motiver les inscriptions ce dernier sera doté à hauteur de 25 000 dollars (22 000 €). Bien évidemment cette petite carotte va attirer bon nombre d’équipes et notamment les structures cherchant à inscrire leur nom au palmarès de la compétition qui sera une première. Pour ce tournoi, Narkuss espère bien que la team L2P sera invité. Nous lui avons également demandé si les équipes de grosses structures peuvent être pérennes. A cela il nous répond que c’est véritablement « l’effet buzz » qui est cherché, mais il espère tout de même qu' »après le tournoi elles vont continuer à jouer » sous entendu pour ces structures et qu’elles ne seront pas limogées une fois l’effet d’annonce et le tournoi passé,le but de l’équipe de L2P s’inscrivant, lui, sur du long terme.

     Et alors que nous terminions cet article, une nouvelle annonce est apparue et non des moindres. En effet Corobizar, streamer et youtuber déjanté a lancé sa propre structure « LAMASTICREW ». On aurait pu croire à un « troll » connaissant le personnage mais pas du tout car l’annonce s’accompagne d’une confirmation car Coro dévoile également une line-up féminine prévu pour l’ESWC; équipe qui a d’ailleurs été retenueC’est une équipe de compétitrices internationales composée de Shaina: française, faisant également partie de l’équipe d’analyste O’gaming pour les LCS; Cath: une suédoise, la belge Sophie Mae, Kyanna la slovène et pour finir une finlandaise: Paleolite. Toutes sont au niveau minimum diamant. Son projet ne se limitera pas à une team féminine mais aussi masculine voire même s’étendre sur d’autres jeux estimant que l’E-sport français est au point mort.

     Malheureusement, à l’heure où nous écrivons, nous avons appris que l’équipe L2P n’avait pas été retenu pour la PGW alors pourtant une des premières équipes à s’être manifestée pour ce tournoi et même créée bien avant l’annonce de ce dernier. La question est alors de se demander si les organisateurs eux-mêmes font ce tournoi pour le développement de l’E-sport féminin ou bien pour aider les structures à alimenter leur machine à buzz. Car il faut être lucide: combien d’équipes resterons après ce tournoi? Dans tous les cas ce tournoi aura une saveur bien fade sans cette équipe que nous pouvons suivre depuis des mois déjà et qui rassemblaient bien des soutiens. Nous espérons que ces cinq jeunes filles ne seront pas abattues par cette nouvelle bien au contraire et qu’elle s’en serviront comme moteur pour prouver qu’elles avaient leur place tant sur le niveau de jeu que sur le plan de la légitimité. Mesdemoiselles vous avez notre soutien, vous êtes des pionnières et nous continuerons à vous suivre dans vos futures aventures.

Des filles professionnelles?

      Mais depuis le début, nous ne parlons que de la scène dite semi-professionnelle et de tournoi LAN. Et une vraie équipe professionnelle: Challenger Series voire même LCS est-ce possible? Selon Narkuss c’est « envisageable et ce sera la prochaine étape. Mais à l’heure actuelle le niveau des filles est trop faible car il faut faire beaucoup de sacrifices pour devenir pro. Et comme malheureusement il y a moins de joueuses que de joueurs et bien la proportion et encore plus vraie à haut niveau ». Une autre raison peut aussi venir de l’esprit féminin qui est moins compétitif que celui des garçons: toujours en train de se mettre les uns les autres en compétition. Il y a donc encore du temps avant de voir plus de féminité sur nos écrans pour les LCS.

     Qui dit professionnel dit également sponsor. Est-ce que les sponsors sont prêts à tenter l’aventure avec cinq filles? Il semblerait que le sexisme ne soit pas de mise. Déjà à niveau amateur et semi-pro certains sont susceptibles d’accompagner certaines équipes. A titre personnel, Narkuss cherche des soutiens pour son équipe et il parait optimiste : « j’ai déjà pas mal de contacts intéressés pour sponsoriser une équipe féminine (et masculine) donc wait and see ».

     Pourtant il semblerait qu’il y ait déjà une femme qui soit arrivée dans le championnat nord-américain avec la team Renegades, équipe avec laquelle Alex Ich fait son grand retour sur la scène professionnelle. Nous parlons bien évidemment du cas Remilia. Pour certains pas une femme pour d’autres oui. Pourquoi cette polémique c’est tout simplement parce que c’est un transgenre. Garçon ou fille, elle se considère comme une femme et nous allons respecter son choix. Toujours est-il que l’avis général des autres joueurs est le suivant: homme ou femme, derrière l’écran c’est un joueur comme un autre. Si le niveau de jeu est présent, homme femme transgenre ça ne fait aucune différence. Et tant que ce postulat tiendra le jeu gardera son intégrité.

Remilia

Remilia, support transgenre des Renegades

Filles et garçons: compatible sur LoL?

     Par la suite nous nous sommes entretenus sur une question plus sociétale. Nous lui avons demandé quel regard portait la scène (masculine) par rapport à cette venue des femmes dans « leur » monde. Il nous indique que de manière général les hommes sont satisfaits de voir plus de filles désormais sur les tournois LAN, « en règle générale ils sont contents ». Il nous fait part de sa vision des choses. Pour lui: « c’est une bonne chose et même ça change de l’aspect E-Sport 100% masculin et surtout de voir un minimum de niveau ». Il explique également que les hommes en tournois « prennent souvent le rôle de protecteurs, de grands frères, et les aident à progresser ». Nous l’avons senti touché et très satisfait du comportement des hommes accueillant les filles sur les tournois.

L’avis de Choukette

Notre petite rédactrice s’est elle aussi prêtée à sa petite analyse de la situation à partir de son expérience de la Dreamhack Tours.

« L’apparition de teams 100% féminines reconnues permettrait de diversifier le paysage des gamers et accessoirement de faire évoluer le côté machiste de certains joueurs, en montrant que les femmes ont leur place en tant que joueuses professionnelles et surtout, qu’elles ne sont pas toutes nulles sur League of Legends. A mon avis, si cette présence féminine est actuellement moindre, c’est peut être parce que les joueuses ne se manifestent pas systématiquement, ne revendiquent pas leur talent et ne se montrent pas assez compétitives pour certaines. De plus, du côté des hommes, l’arrivée de teams féminines pourrait casser l’image négative du « geek sale et boutonneux » qui reste encore bien encré dans les mentalités. Par exemple, j’ai proposé à des amies de faire un petit tour à la Dreamhack Tours cette année. Elles ont refusé en me disant qu’elle n’avaient pas envie de mourir, étouffée par l’odeur de sueur que dégagent les joueurs enfermés là pendant trois jours. D’ailleurs cette image faussée est encore véhiculée par l’univers e-sport même. Sur le site de présentation de la Dreamhack, on peut lire dans les règles « Vous DEVEZ vous doucher. Ce n’est PAS optionnel ». Et pour casser les clichés, je dirais en connaissance de causes que les joueurs sont souvent en demande de présence féminine dans le monde du gaming. Je pense que ces teams féminines ne sont pas mal vues, au contraire, mais qu’elles devront faire face à beaucoup d’aprioris et de préjugés pour s’imposer en tant qu’équipes professionnelles.             Choukette »

     Pour conclure nous pouvons simplement dire que les femmes sont en marche. Tous les voyants semblent être au vert pour voir éclore une nouvelle génération de joueurs mixtes. Équipes mixtes ou non, dans tous les cas l’arrivée des femmes sur la scène compétitive et professionnelle est attendue et semble inéluctable. Il faudra encore du temps car le seul critère pour le moment retenu, et qui doit le rester, est le niveau de jeu et il semblerait qu’il manque encore un peu de ce niveau pour enfin voir de véritables professionnelles de League of Legends. Alors mesdemoiselles, à vos souris et claviers et entrainez-vous: les hommes n’attendent que vous.

     Un très grand merci à Narkuss pour ses réponses toujours aussi franches et d’avoir pris du temps pour répondre à nos questions. Et encore un grand soutien pour les filles de L2P, nous sommes impatients de vous revoir. See you soon in the fiddle army.

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