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Ce week-end, des femmes du monde entier, travaillant ou ayant travaillé dans le secteur du jeu vidéo ont pris la parole pour dénoncer les actes de violences sexistes, de harcèlement, d’agressions sexuelles et les viols qu’elles ont subi de la part d’hommes influents du milieu.

metoo

Elles ont été nombreuses à franchir le pas ce week-end : plusieurs femmes professionnelles du milieu du jeu vidéo et du streaming ont pris la parole sur Twitter pour dénoncer des actes de harcèlement, d’agressions sexuelles et de viols dont elles ont été victimes.

Les prises de parole se sont succédé via plusieurs Twitlonger (un outil qui permet de ne plus être restreint aux 280 caractères d’un post Twitter), et les femmes qui n’avaient jamais osé témoigner publiquement ont fini par leur emboîter le pas.

La streameuse JessyQuil a condensé une grande partie des Twitlonger sur son Medium ici.

Des témoignages qui s’insèrent dans la lignée du mouvement #MeToo

De ces récits, où se mêlent harcèlements sexuels, abus de pouvoir, sexisme, agressions sexuelles et viols, ressortent plusieurs pseudonymes et noms bien connus du milieu du streaming (anglophones surtout). Tous ont été indiqués dans le lien Medium que nous avons placé ci-dessus.

Les faits mis en lumière par les femmes du secteur ne sont pas une nouveauté et ne sont pas propres au secteur du jeu vidéo. En 2017, les mouvements #Balancetonporc (hashtag créé par la journaliste Sandra Muller) puis #Metoo (lancé par la militante Tarana Burke et repris par l’actrice Alyssa Milano dans le cadre de l’affaire Harvey Weinstein) avaient cristallisé la libération de la parole des femmes.

De nombreuses femmes avaient alors témoigné pour dire qu’elles aussi avaient été victimes de violences sexistes et sexuelles.

Tout comme le mouvement #Metoo, que les révélations de ce week-end viennent amplifier, les professionnelles du secteur du jeu vidéo ont décidé de ne plus se taire, et de révéler parfois le nom de leurs agresseurs. Les développeuses de jeux vidéo l’avaient déjà amorcé en 2019. La lecture des Twitlonger est sans équivoque : les soupçons pesaient déjà sur certains d’entre eux. Lorsque leurs actes n’étaient pas déjà connus et sus de tous, le bouche à oreille entre femmes faisait office de mise en garde puisque leurs témoignages n’avaient pas été écoutés à l’époque.

Twitch n’a pas attendu longtemps avant de publier son communiqué, comme il l’avait également fait dans le cadre des manifestations du mouvement #BlackLivesMatter.

La plateforme de streaming prend acte des accusations et des mises en garde faites par les professionnelles du milieu du jeu vidéo, et assure qu’elle mettra tout en oeuvre pour condamner les streamers qui lui sont affiliés.

Pour de nombreuses personnes, ces propos sonnent creux et elles attendent des actes plutôt que des professions de foi dans le vent. Twitch reste critiqué pour avoir pris à la légère – quand les personnes en charge n’ont parfois pas du tout agi – plusieurs cas de revenge porn, de violences sexistes et de vagues de harcèlement misogynes, racistes, homophobes, validistes ou transphobes sur sa plateforme.

Déjà en février 2019, l’article de Cecilia d’Anastasio sur le média Kotaku prévenait l’opinion sur ces problématiques dans le milieu du streaming.

Le double discours de Twitch est ainsi pointé du doigt par une partie de la communauté, entre d’un côté une stratégie de communication (compréhension et prise de position) et de l’autre la protection de ses influenceurs les plus importants, qui font office de pancartes publicitaires en or pour la plateforme.

Les enquêtes journalistiques et les retours des streameuses ont prouvé à plusieurs reprises que les streams et les chats sur Twitch restent des espaces où les propos néfastes sont légion. Et la modération peut s’avérer inutile dans des cas de raids massifs.

Le milieu du jeu vidéo est essentiellement constitué d’hommes et les postes d’influence et à responsabilité sont majoritairement détenus par des hommes. Cet entre-soi masculin favorise au mieux la tactique de l’autruche « je ne vois rien, je ne sais pas » et au pire une protection systémique et systématique de ceux qui font partie du cercle.

Un dernier mot

Il est extrêmement important que les hommes lisent les Twitlonger des victimes. Relayer leurs récits, retweetez, likez leur post, et servez-vous de vos réseaux pour apporter plus de poids à la révolution en cours. L’objectif n’est pas de vous accaparer leurs luttes et le mouvement qu’elles sont en train de construire, mais bien de profiter de vos privilèges d’hommes pour pousser encore plus dans le bon sens.

Croyez les femmes qui témoignent, prouvez leur qu’elles sont écoutées, comprises, et crues. Ne donnez pas de poids aux commentaires sexistes et misogynes qui apparaissent parfois sous leur tweet.

Informez-vous, écoutez et croyez les victimes des violences et surtout restez critiques vis-à-vis de vos influenceurs préférés.

Aux femmes qui lisent cet article, qui ont été victimes de violences dans le milieu, qui ont failli ou qui ont peur d’y être confrontées : nous vous croyons et nous vous croirons quoiqu’il advienne. Vous avez bien fait de parler, vous n’y êtes pour rien et vous n’êtes en aucun cas coupable de ce qui a pu vous arriver.

Les seuls coupables sont les hommes qui ont agi comme ils l’ont fait, et il est de bon ton de rappeler que leurs actes sont répréhensibles et punis par la loi.

J’en profite pour dire qu’il existe une multitude de réseaux safe dans le milieu du jeu vidéo (que ce soit des communautés, des discord en non-mixité ou des sites d’entraide). Vous pouvez en retrouver une centaine sur le document que France Esports a mis en place.

Selon votre implication dans le milieu, vos valeurs et votre militantisme, vous devriez pouvoir trouver un réseau qui vous convienne.

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