Magic: The Gathering Arena se lance dans l’esport – Interview avec Val&PL

Wizard of the Coast, l’éditeur du célèbre jeu Magic: The Gathering vient d’annoncer l’entrée de Magic: The Gathering Arena, son poulain numérique dans l’univers de l’esport. Un rapprochement qui soulève plusieurs interrogations. Pour tenter d’y voir plus clair, je suis parti demander leurs avis à Val&PL deux youtubers français qui transmettent leur passion du jeu et de la compétition.

Magic the Gathering Black LotusLe Lotus noir, la plus célèbre carte de Magic: the Gathering

Magic: The Gathering ou le meilleur jeu du monde

Magic : The Gathering (MtG) est sans aucun doute le jeu de cartes à jouer et à collectionner le plus célèbre au monde. Créé en 1993 par Richard Garfield, ce qui ne devait être qu’un jeu « one-shot » s’est vite retrouvé dépassé par sa popularité. Si le but du jeu n’a pas changé depuis sa création (mettre à 0 les points de vie de l’adversaire en utilisant un deck de 60 cartes), ses mécaniques, sa diversité et surtout son ampleur n’ont plus rien à voir. Avec une collection d’environ 18 000 cartes différentes, il faut admettre que MtG sait se diversifier et se renouveler. Wizard of the Coast (WotC), a récemment fêté le 25e anniversaire du jeu. MtG rassemble toujours plus de joueurs et reste aussi populaire malgré son âge.

Depuis plusieurs années, WotC a des vues sur un support taillé en théorie pour accueillir les jeux de cartes : le numérique. il suffit de parcourir la longue liste des jeux réalisés autour de MtG (depuis 1997 par Wotc ou différents studios) pour se rendre compte du nombre de tentatives d’adaptations suffisamment fidèles pour intéresser anciens comme nouveaux joueurs.

En parlant d’anciens joueurs, j’ai pu interviewer Valentin et Pierre-Louis afin de recueillir leurs impressions mais aussi leurs attentes pour l’avenir de Magic: the Gathering Arena. Ces deux jeunes Toulonnais ont, dès l’annonce de Magic : The Gathering Arena, monté leur chaîne Youtube spécialisée autour du jeu. A travers la présentation de decks, de guides d’introduction à Magic et plus récemment de tournois, ils animent avec humour et belle magie la scène française.

Rencontre avec Val&PL deux youtubers qui nous font découvrir la belle magie de Magic

Pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?

Valentin (Val) : J’ai l’impression que Magic a accompagné toute ma vie : j’ai commencé à jouer à l’école primaire et un peu en compétition, notamment dans les tournois boutiques. Avec l’arrivée de Magic Arena, j’ai eu envie de faire des vidéos et j’en ai parlé à mon partenaire de cartes Pierre-Louis.

Pierre-Louis (PL) : J’ai un peu le même parcours, j’ai commencé Magic au collège, sans vraiment savoir comment y jouer. Depuis, j’ai toujours aimé le jeu malgré plusieurs pauses. Il y a cinq ans environ, je m’y suis mis de manière plus sérieuse, notamment en compétition. L’annonce de Wizard of the Coast avec Magic : The Gathering Arena a été l’élément déclencheur de notre venue sur Youtube.

Se lancer dans le numérique, une idée pas si nouvelle que ça

Magic OnlineMagic Online n’était pas vraiment adapté au tout public…

A ce jour, seul Magic Online était reconnu comme une adaptation numérique fidèle du jeu, en partie grâce à sa mécanique bien élaborée, qui reproduit fidèlement les actions possibles à tout instant. Malheureusement l’interface passait plus pour un tableau Excel qu’un véritable élément artistique. De même, le système économique était plus pensé pour le circuit professionnel qu’amateur.

On notera à côté divers essais tel que Magic : The Gathering – Duels of the Planeswalkers (2009) qui accordait un peu plus d’importance à l’histoire, aux animations et surtout à l’ergonomie des joueurs. Enfin, son économie plus souple permettait à tout un chacun de s’essayer au jeu.

En 2017, WotC annonce l’arrivée de Magic : The Gathering Arena (MtGA). Développé par Digital Games Studio, Magic: the Gathering Arena veut proposer une alternative en réutilisant efficacement certains de leurs atouts.

A quel moment avez-vous pris conscience du potentiel de MtGA ?

Val : Lorsque WotC a annoncé MtGA,  beaucoup l’ont vu comme un autre Duels of the Planewalkers. Seulement, leurs intentions étaient très claires dans leur communiqué : devenir leader et intégrer l’esport. Des ambitions auxquelles on a cru et qui aujourd’hui payent pour nous, parce que nous avons été les premiers sur le support. Pour le coup, on est assez fiers de ça. On s’est alors mis à produire sur Youtube ce qu’on aimait voir sur Hearthstone. On regardait des mecs comme David & Eskilax qui ont été les premiers à intégrer du jeu de cartes sur Youtube et la recette était super cool !

PL : On a pris conscience assez vite du potentiel du jeu dès la phase d’Alpha. Val m’a dit qu’il avait toujours voulu se mettre sur Youtube et créer du contenu. C’était le moment et on a créé la chaîne avant même l’accès au jeu. On a ensuite eu plusieurs semaines pour préparer des decks, acheter le matériel et on a rapidement eu des retours positifs dessus. Dès le départ, on s’est positionnés sur MtGA dans l’optique de faire du contenu avec et non pas simplement pour jouer dessus.

Magic ou l’importance de la pile, de ses règles et des réponses

Contrôler son adversaire, une composante largement dominée par le Bleu

La découverte de Magic pour un néophyte se traduit généralement de manière assez simple. Tout d’abord l’univers de Magic, ses cartes et leurs pouvoirs vont vous permettre d’aborder ses règles avec simplicité. Dans sa version la plus répandue, deux joueurs s’affrontent avec chacun un deck (ou bibliothèque) de 60 cartes minimum. Tout en utilisant du mana grâce à des terrains, un joueur va chercher à prendre l’avantage sur l’autre par le biais de ses cartes et leurs mécaniques. Il existe dans Magic 5 couleurs primaires (Rouge, Bleu, Blanc, Noir et Vert) qui déterminent plus ou moins le style de votre jeu. Rapidement la sauce prend et il est facile de transformer des parties d’introduction en de véritables guerres ouvertes.

Maîtriser les règles, c’est maîtriser son adversaire

Seulement assez vite, ces joueurs vont se trouver face à un problème de taille, la pile, les règles et les réponses. Pour faire simple et parce que d’autres vous l’expliqueront mieux que moi, les règles structurent le jeu dans des phases pendant lesquelles certaines actions sont possibles et d’autres non. Elles déterminent aussi les mots-clés et l’ordre de priorité des joueurs.

La pile et les réponses représentent l’instant t où une carte est jouée et ses effets déclenchés. Dans MtG, chaque joueur peut intervenir pendant le tour de l’adversaire pour l’empêcher de jouer, contrer ses sorts ou déclencher les capacités de ses propres créatures. Les situations sont nombreuses et avec ses milliers de cartes, MtG est sans aucun doute le jeu non pas le plus complexe, mais le plus profond en termes de mécaniques.

La connaissance complète des règles du jeu et de ses phases est indispensable pour bien appréhender MtG. Et encore, vous verrez souvent des joueurs expérimentés se poser des questions en apparence toutes simples ! Cela demande bien souvent plusieurs dizaines d’heures de jeu et des recherches interminables sur les forums Magic pour trouver jurisprudence sur une action. Alors, comment faire pour retranscrire de manière digeste cette profondeur dans un jeu de cartes en ligne ?

Fruit de nombreux essais plus ou moins réussis, Magic : The Gathering Arena est né. Le jeu propose une aide automatique pour vous rappeler vos actions disponibles à n’importe quel moment et dispose de plusieurs outils pour retranscrire du mieux possible votre champ de réponse même lors d’un bluff ! Un moyen simple et efficace pour tous ceux qui ne seraient pas encore à l’aise avec les règles.

Comment voyez-vous Magic: The Gathering Arena par rapport à son équivalent papier, avez-vous les mêmes sensations dessus ?

Val : Cela dépend véritablement de la sensibilité de chaque joueur. Il y a plein de notions comme arriver à prendre l’ascendant sur son adversaire, le côté psychologique ou encore le bluff qui est bien plus dur à retrouver sur Arena. L’aléatoire (sur lequel nous reviendrons un peu plus loin, ndlr) est lui aussi retranscrit différemment par rapport à celui d’un humain. Après il faut le dire, Wizard le répète et je le pense, on a le meilleur jeu du monde. Les veilles de sorties d’extensions, avec PL on ne parle que de ça ! On débat, on construit, impossible de travailler, on est comme des gosses !

PL : Ce serait sans doute un peu long à expliquer, mais déjà le côté cartes, collection, plaît à énormément de monde. Les gens, et moi le premier, adorons ça. Sortir ses classeurs, tester des trucs, voir ce qui marche ou non, avoir les cartes dans les mains… C’est quelque chose qui manque dans Arena, mais au moins on n’a pas à ranger nos cartes et ça c’est un vrai plus ! Niveau sensation, lors des sorties d’extensions c’est maintenant plus fort que sur papier car je sais que je vais plus facilement pouvoir construire des decks ou obtenir certaines cartes sur Arena. On peut tester tous les decks funs qu’on imaginait avant mais qu’il était impossible de construire.

Un format pour les gouverner tous

format magic the gatheringConnaître le format c’est connaître la meta

Ce qui fait la force de MtG, ce sont ses cartes ! Avec 18 000 cartes différentes, on pourrait penser qu’à moins d’être une encyclopédie vivante (et j’en connais quelques-uns comme ça), il est impossible de se figurer les compositions adverses et d’établir un plan de jeu. Bien heureusement, Magic fonctionne sur un principe très simple dans son format Standard. Voici les conditions pour y jouer :

  • Votre deck doit contenir au moins 60 cartes.
  • Vous pouvez mettre jusqu’à 15 cartes dans votre réserve, si vous en utilisez une.
  • Ne mettez pas plus de 4 exemplaires d’une même carte dans votre deck principal et votre réserve combinées (à l’exception des terrains de base).
  • Il n’y a pas de taille de deck maximale, du moment que vous pouvez le mélanger par vous-même.

Chaque année, quatre extensions de Magic sont publiées et ajoutées au Standard. Une fois par an, lors de la sortie de l’extension d’automne, les quatre plus anciennes extensions du format quittent le standard.

Une manière de limiter en partie le nombre de cartes jouables et que l’on retrouve dans Hearthstone notamment.

Grâce à ce format, vous pourriez avoir arrêté Magic pendant plusieurs années, ou le débuter aujourd’hui que vous ne seriez pas plus désavantagé qu’un autre. Néanmoins, rien qu’avec la dernière extension L’Allégeance de Ravnica, ce ne sont pas moins de 273 nouvelles cartes qui ont été introduites ! Une diversité qui force à potasser son sujet avant de foncer tête baissée…

Construire pour mieux détruire vos adversaires

En effet, si vous commencez à vous sentir à l’aise avec les cartes que vous jouez, un autre aspect tout aussi important du jeu va se présenter à vous : la construction de decks ! Tout l’intérêt de Magic se basant autour de votre deck, celui-ci doit être le mieux construit possible et des règles existent pour profiter au maximum d’une bibliothèque équilibrée et surtout jouable !

Là encore on pourrait se dire que les anciens auront la priorité sur les nouveaux arrivants et vous n’auriez pas tort. Certes, l’expérience prime et les joueurs de MtG papier ne seront pas dépaysés et pourront avec Magic: the Gathering Arena construire assez rapidement des decks avec un potentiel intéressant.

Heureusement pour les nouveaux, Digital Games Studio a pensé à tout. Lors de vos premières parties vous débloquerez régulièrement plusieurs decks aux mécaniques diverses autour de toutes les couleurs existantes. Un moyen simple, efficace et gratuit pour vous proposer des idées et des bases de decks que vous pourrez ensuite améliorer. Là encore si vous souhaitez en savoir plus, nous ne saurions que trop vous diriger vers la chaîne de Val&PL afin de construire efficacement vos premiers decks.

Quel public pour Magic: the Gathering Arena

C’est sans doute la grande question que se posent ceux qui voudraient découvrir Magic: the Gathering Arena. Peut-on, en parfait néophyte, se lancer dans le jeu et ne pas trop être à la ramasse ? Il faut le reconnaître, MtG est vieux et sa base de joueur vieillit tout autant. Il serait donc facile de penser que MtGA cible en priorité sa base de joueurs « papier ». Une manière de s’offrir un cordon de sécurité avec des joueurs expérimentés.

Seulement dans les faits, le jeu est bien plus ouvert. Nous l’avons vu, il accorde un contrôle total et une assistance appréciable durant les premières heures de jeu.

Quel public WotC cherche-t-il à atteindre avec Arena ?

PL : Il faut bien se rendre compte que Magic a 25 ans. On a passé une génération et aujourd’hui les enfants qui jouaient à Magic en 1993 apprennent aux nouveaux joueurs et transmettent bien souvent leur passion à leur famille. Je sais que si Magic existe encore quand j’aurai des enfants, ils vont apprendre ! Il arrive fréquemment qu’en boutique, un parent arrive avec ses enfants pour lui faire découvrir le jeu ou lui permettre de rencontrer d’autres joueurs et c’est formidable !

Val : Il y a clairement un transfert générationnel, même en compétitif. On a des viewers qui nous regardent en famille le soir et c’est super cool ! La profondeur de Magic rassemble tellement et c’est le seul à pouvoir faire ça ! Magic Arena est un vase communicant, cela amène autant d’échanges vis-à-vis du papier que l’inverse, n’en déplaise à ses détracteurs ! Ce n’est pas un jeu qui amène au « vrai Magic » comme on a justement pu l’entendre lors de sa présentation.

Magic: The Gathering Arena et l’esport

world champions MTG 2018Les français Arnaud Hocquemiller, Jean-Emmanuel Depraz et Timothée Jammot, vainqueurs de la World Magic Cup 2018

Wizard of the Coast n’a pas attendu l’arrivée du numérique pour monter son propre circuit compétitif. Le Pro Tour a ainsi pendant des années été le lieu de rendez-vous des meilleurs joueurs de Magic au monde. Suivi par des milliers de personnes à travers des dizaines de pays, le Pro Tour s’apprête pourtant à changer de forme cette année. L’arrivée de Magic: the Gathering Arena n’y est évidemment pas étrangère et WotC compte bien en profiter.

En effet, l’éditeur a récemment fait savoir sa volonté d’investir massivement dans l’esport :

En 2019, WotC veut faire évoluer son programme de jeu Organisé « vers une structure d’e-sports qui prend l’héritage de notre système de jeu sur table révolutionnaire pour y intégrer Magic: the Gathering Arena, la nouvelle plateforme numérique de Magic. »

Une dotation de 10 millions de dollars sera répartie entre Magic numérique et sur table, soit plus du double de 2018. L’ouverture aux sponsors et aux structures e-sports devrait radicalement changer le paysage compétitif de Magic.

Cela commencera par une refonte du Pro Tour (renommé en Mythic Championship) et l’introduction de la Magic Pro League (MPL) qui réunira les 32 meilleurs joueurs du monde avec des contrats à la clé. Cette ligue sera entretenue par des rencontres hebdomadaires via des affrontements numériques et sur table.

Cette annonce reflète le désir de WotC de faire de Magic le jeu de cartes compétitif de référence dans le monde. Il faut avouer qu’avec 20 ans d’expérience dans le domaine, on peut se permettre une telle réflexion.

Que penser de cette nouvelle politique ?

(Depuis la réalisation de cette interview, WotC a annoncé son premier grand tournoi ainsi que les modalités à venir pour son développement esport. Vous pouvez retrouver tous les détails sur notre article dédié)

PL : Il y a plusieurs choses à voir avec cette annonce et il faut arriver à lire entre les lignes. Certes Wizard a la volonté d’investir dans l’esport mais au final on n’en apprend pas beaucoup plus. La refonte du Pro Tour et les joueurs professionnels recrutés par WotC restent dans un circuit apparemment fermé par rapport aux autres compétitions. La seule chose de sûre est le lien qu’ils veulent établir entre jouer sur table et sur Arena au fil des compétitions. Les joueurs professionnels devront faire les deux. Ainsi que vous soyez à l’origine joueur papier ou Arena vous serez amenés à participer sur les deux supports. Evidemment, c’est Wizard qui choisit. De leur côté les joueurs aspirants à devenir pro iront là où cela paye le plus et où ils auront le plus de reconnaissance en termes de contrats et de négociations.

Val : On va avoir deux choses bien différentes qui vont se mettre en place. D’un côté, on aura donc la refonte du circuit pro de la part de Wizard. De l’autre, une ouverture aux structures esportives et aux organisateurs d’événements. Ces derniers sont maintenant amenés à recruter à la fois des joueurs pros mais aussi à préparer des rencontres pour leur donner de la visibilité. Par exemple, il n’est pas impossible que l’on retrouve aux prochaines Dreamhack des tournois externes à WotC. Ces événements seront des tremplins pour ensuite entrer dans le circuit compétitif officiel de Wizard et devenir un pro « reconnu par Wizard ». Ce qui pourrait nous faire peur, c’est une espèce de prise de contrôle comme cela a pu arriver dans d’autres jeux. Finalement, l’éditeur est dépassé par les événements et ne contrôle plus son produit et son circuit compétitif. Maintenant avec l’expérience de WotC dans ce milieu, il y a peu de chances que cela arrive ! WotC ne voudra jamais abandonner son format papier et il doit donc veiller à le maintenir au même niveau qu’Arena.

Vous avez récemment organisé un tournoi amateur qui a attiré des centaines de joueurs et dont les phases finales  (enregistrées par les participants) seront commentée en vidéos…

PL : Ça s’est vraiment très bien passé et on a eu que des bons retours. Cela faisait longtemps qu’on nous le demandait et on a hâte de pouvoir remettre le couvert.. Il faut se rendre compte qu’on a organisé, au moins en France, le plus gros tournoi de Magic Arena ! Et puis c’était cool vis-à-vis de la communauté qui n’attendait que ça.

Val : Les 256 joueurs inscrits ont été très sérieux. On a même pu avoir des lots supplémentaires grâce à un partenaire spontané, sans même avoir à les contacter ! Cela nous a aussi permis de faire parler de nous et d’autres petits streamers. Des tournois sont régulièrement organisés par des collègues et les joueurs en parlent entre eux ce qui nous donne à tous plus de visibilité !

Au final, les joueurs de MtG comme de MtGA restent dans l’attente des premiers mouvements de la part de WotC. Il est évident que des structures se lanceront dans la compétition. Cependant, tous les professionnels ne sont pas enthousiastes à l’idée de devoir se partager à la fois sur le papier et le numérique. Magic: the Gathering Arena présente encore quelques différences importantes avec son équivalent papier. Pour autant, certains tournois voient déjà le jour, signe d’une forte demande de la part des joueurs de se mesurer aux autres.

Le calendrier de ces événements est à retrouver sur le site officiel de magic.wizards.

L’Allégeance de Ravnica, une nouvelle extension qui va tout changer ?

Crédit : Illustration par Cyrix

Ce n’est pas la première fois que les Guildes de Ravnica font leur apparition dans Magic (2005). Les dix Guildes, chacune représentée par deux couleurs, introduisent une fois de plus 10 nouvelles capacités intimement liées à leur style de jeu.

Avec l’extension Les Guildes de Ravnica, nous avions pu découvrir les guildes de Boros, Golgari, Selesnya, Izzet et Dimir. Depuis quelques jours, nous pouvons désormais mettre la main sur les 5 dernières, à savoir Orzhov, Azorius, Gruul, Rakdos et Simic.

Ces deux extensions sont l’occasion pour les joueurs de découvrir des centaines de nouvelles cartes. Elles permettent aussi et surtout une multitude de combinaisons à jouer. Chaque guilde est en effet accompagnée de terrains bicolores. Ils permettent de générer un mana de chaque couleur (Rouge ou Blanc pour Boros par exemple). Avec les 10 guildes il est maintenant bien plus simple et équilibré de mélanger 3 voire 4 couleurs dans un même deck afin de profiter des atouts de plusieurs d’entre elles.

L’Allégeance de Ravnica donne alors aux joueurs de nouvelles réponses aux decks les plus en vogue. L’extension rend aussi obsolètes certaines constructions. On ne repart pas de zéro mais presque ! Prenons par exemple la mécanique de la guilde Boros (Rouge/Blanc). Mentor permet à votre créature la plus puissante d’améliorer ses compagnons plus faibles lors de l’attaque. En introduisant une composante Verte dans le deck, on peut accéder à la compétence Emeute de la guilde de Gruul (Rouge/Vert). Cette dernière donne à vos créatures la possibilité d’attaquer dès l’arrivée en jeu, ou d’avoir des stats sensiblement améliorées, vous suivez ? On se retrouve alors avec un deck très agressif qui profite d’une double mécanique d’attaque. Ce n’est là qu’un des nombreux exemples possibles !

La meta a déjà commencé à changer avec l’Allégeance de Ravnica. Qu’attendez-vous de cette nouvelle extension (au moment de cette interview, l’extension sortait à peine) ?

Val : Tout d’abord, une meta plus ouverte. Ce n’était pas la meta la plus sclérosée qu’on ait vu mais elle était déjà assez résolue. On avait des duels d’archétype (mono rouge contre Golgari par exemple). Avec Allégeance, on aimerait vraiment avoir des duels de decks. Avant si on voulait jouer mid-range, il fallait jouer Golgari. Je pense que des decks tricolores peuvent amener ça.

PL : Il a fallu plus d’un mois à (les Guildes de) Ravnica pour résoudre cette meta et trouver des solutions. Seulement le résultat était qu’on retrouvait 4 decks très dominants. Tu voyais les deux premiers terrains, tu savais à peu près si tu pouvais gagner ou non. Néanmoins, les decks étaient jolis et pouvaient faire de la belle magie ! Si maintenant on pouvait avoir plusieurs decks qui se complètent sans finir en serpent qui se mord la queue, ce sera intéressant.

Cependant, si les cartes sont bien au rendez-vous, tout n’est pas encore parfait.

Magic : the Gathering Arena, les axes à développer

Aujourd’hui, Arena présente une opportunité unique pour de nombreux joueurs de re(découvrir) Magic, mais n’est pas aboutie pour autant. Quelques bugs subsistent et le mur numérique qu’il impose entre les joueurs ne retranscrit pas fidèlement l’univers du jeu sur table. Sans parler de son aspect social, du bluff qui fait partie intégrante du jeu ou encore des interactions possibles avec son adversaire lors des parties amicales, Magic: the Gathering Arena se distingue du format papier par sa gestion de l’aléatoire.

Dans Magic, l’aléatoire est une composante importante du jeu. Certes les actions que vous prenez et les cartes que vous utilisez lui laissent peu de place, contrairement à Hearthstone par exemple. Néanmoins, la pioche et notamment la main de départ sont la résultante de votre manière de mélanger votre bibliothèque. Dans MtGA, c’est un algorithme qui gère cela à votre place et vous allez le voir, tout n’est pas si aléatoire que ça…

L’aléatoire de Magic (papier) est défini par notre manière de mélanger les cartes de façon humaine. Qu’est-ce que cela change sur Arena ?

Val : L’aléatoire du jeu numérique n’est absolument pas le même et on a tendance maintenant à prendre ça en compte dans la construction des decks. Pour aider un peu les statistiques, l’ordinateur va en réalité piocher deux mains lors d’un BO1. Il va ensuite garder celle qui a le meilleur ratio optimal de terrains par rapport à la structure de ton deck. C’est au final un « faux aléatoire » généré par l’IA et ça change beaucoup l’expérience de jeu. De nombreux pros qui sont récemment passés sur Arena se plaignent notamment de ça. Ça donne l’avantage à certains archétypes et en pénalise d’autres. Les sorties sont aussi beaucoup plus régulières et ça récompense finalement les decks plus greedy et souvent moins bien construits.

Quels autres axes voudriez-vous voir développés dans Arena ?

PL : On attend surtout beaucoup de fonctions, typiquement une liste d’amis (qui doit normalement arriver selon les derniers retours des développeurs, nda) et surtout un mode spectateur et le BO3 pour les défis entre amis. C’est trop important pour qu’un jeu soit « esport », notamment pour nous qui aspirons à être plus commentateurs que joueurs. Le reste, ce n’est que du bonus !

Au final, MtGA remplit largement ses promesses. Il offre un nouveau terrain de jeu à ceux qui voudraient découvrir Magic sans investir des sommes considérables. Entièrement libre d’accès, son éditeur a fait d’énorme progrès pour rendre le jeu digeste et offrir le meilleur rendu possible. Son développement parallèle aux cartes papier fait d’Arena une passerelle stable et agréable à prendre en main. Le jeu se construit encore et continue de créer sa nouvelle communauté. Il est soutenu par une expérience unique dans le genre des TCG. Maintenant Wizard of the Coast s’apprête à mettre les deux pieds dans l’esport. Nombreux sont ceux à espérer y voir une scène spectaculaire et digne du “meilleur jeu du monde” !

Merci à Val&PL d’avoir joué le jeu, n’hésitez pas à les retrouver en Live toute la semaine !

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