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Les élections présidentielles sont le moment où l’intérêt pour la politique est le plus élevé. C’est également une période où les influenceurs, d’habitude plus réservés sur ces questions, en parlent le plus. Mais doivent-ils parler de politique ?

politiqueLe Grand Débat des présidentielles a suscité beaucoup de réactions de la part des influenceurs

La question peut paraître absurde, tant il est généralement admis que chacun est libre de donner et de faire valoir son opinion. L’article a pour but d’appréhender les avantages et les inconvénients de cette pratique. On s’intéressera particulièrement à Twitter, qui permet, plus que Facebook, d’interagir, d’aimer ou de retweeter (et donc de faire partager l’information au plus grand nombre).

Influenceurs et politique

On pourrait se féliciter que certains influenceurs gaming aient tenté, consciemment ou non, d’informer leurs abonnés sur la politique nationale. Mais s’y prennent-ils de la bonne façon ? Ce qui amène à la question plus générale : les influenceurs doivent-ils parler de politique ?

Commençons tout d’abord par rappeler ce qu’est un influenceur. Terme issu du marketing, l’influenceur est défini comme « un individu qui par son statut, sa position ou son exposition médiatique peut influencer les comportements de consommation dans un univers donné« 

Ceux-ci ont, par leur travail, constitué autour d’eux une communauté plus ou moins importante au fil des années. Les plus influents pouvant atteindre le(s) million(s) d’abonnés. Concernant la politique, ils peuvent influencer le rapport qu’ont les abonnés à la politique en général, au personnel politique et à leurs discours. En fonction de ce qu’ils font ou disent, les influenceurs vont accentuer ou non ces rapports.

Une instruction à la politique et à l’économie est-elle possible ?

Le fait d’éduquer ou d’informer ses abonnés – surtout lorsque ceux-ci sont jeunes – peut comporter des bienfaits. En effet, cela permettrait de faire comprendre ce qui se joue en politique, en économie ou en géopolitique. Le but étant d’avoir des citoyens qui d’une, s’emparent de ces questions là, et de deux, se forgent un esprit critique (nécessaire selon nous à la compréhension de certains sujets). En bref, une tentative de politisation de ses abonnés.

Mais pour cela, il faut que les influenceurs souhaitant pratiquer l’exercice le fasse de la meilleure des façons, c’est-à-dire sans prendre parti. Car il est difficile de prendre parti (même lorsque les arguments sont issus d’enquêtes sérieuses et d’une réflexion « rationnelle ») sans se voir objecter des arguments (valables ou non).

Une éducation à la politique est par conséquent possible, mais difficile à mettre en oeuvre.

Une démarche à risques

De manière générale, peu se risquent à parler de politique, sauf pour réagir à un fait divers à un instant T. Plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, donner son opinion politique peut encore passer pour quelque chose de tabou. Et parler de politique de manière sérieuse comporte en plus plusieurs risques. Risque de perdre des abonnés, de perdre en crédibilité si la compétence et l’analyse sont défaillantes, et le pire, perdre en image (qui peut être une conséquence des précédentes). Le paraître étant très important, il y a plus à perdre qu’à gagner pour certains de ces influenceurs.

Une communauté jeune et influençable ?

Certains influenceurs sont devenus au fur et à mesure des années des idoles pour certains de leurs abonnés. Leur propos ne peuvent pas être remis en question et/ou critiqués. Ainsi, même lorsque l’un de ces influenceurs sort de sa zone de confort et parle de sujets plus complexes, sa parole peut être considérée comme parole d’évangile. Pour aller plus loin, prenons l’exemple suivant datant de l’année dernière :

Le tweet, qui est une réaction à chaud d’un post politique, a été retweeté 96 fois. Et vu la popularité de l’influenceur en question, bon nombre de personnes ont dû voir le post. Le tweet, vraisemblablement écrit sur le moment de la lecture, peut poser problème pour les raisons que nous avons énoncées ci-dessus.

Mais plus que le propos en question, c’est l’impact qu’il peut potentiellement avoir sur la communauté de l’influenceur. Certains de ces abonnés, très jeunes, ont pu être d’accord avec lui et valider son tweet sans le questionner (par manque d’esprit critique et d’informations sur le contexte).

D’où l’importance de contrôler ce que l’on dit et qui cela touche.

Certains influenceurs ont tenté de prévenir certaines de ces pratiques. C’est notamment le cas de ZeratoR et du Joueur du Grenier.

140 caractères ou le vide de l’analyse

Avec seulement 140 caractères, il est complexe de faire émerger des pistes d’analyse ou de compréhension du monde politique. Difficile d’argumenter ou de mettre en place une analyse dans ces cas-là. Sauf en cas de thread très long ou de TwitLonger, et encore. Zaboutine, qui a réagi à plusieurs reprises sur les élections, a décidé d’en parler sur une autre plate-forme, Soundcloud. Il propose aux auditeurs de réfléchir sur 3 questions ayant un lien avec la politique.

On peut y voir là une première tentative d’instruction à certaines questions politiques/économiques. Nous avons pu profiter de la présence de Zaboutine à la DreamHack Tours 2017 pour l’interroger sur le rôle des influenceurs.

A contrario, quand les influenceurs s’emparent de questions politiques, c’est rarement pour en faire l’analyse. Le ton comique et trollesque est souvent de mise. Ce qui amène à d’autres difficultés.

L’Emission Politique et d’autres émissions de débats utilisent dorénavant certains Tweet pour faire « participer » les français aux débats

Des candidats dépossédés de leurs idées

Un des problèmes posés par le fait que les influenceurs parlent de politique sur Twitter, c’est que bien souvent, leurs propos insistent sur le caractère des politiques.

« Il a du charisme », « les grosses punchlines de X ! », « le massacre pendant le débat haha :’D » Cela tend parfois à faire oublier que les candidats ont un programme politique, social, économique, environnemental. Et qu’ils ne sont donc pas juste des délivreurs de punchline ou des doux rêveurs.

Il en va de même lorsque certaines vidéos sont partagées. Certains influenceurs, voulant bien faire, ont pu partager une vidéo d’un des candidats à la présidentielle, pour provoquer un débat avec leurs abonnés. Malheureusement, la vidéo est dans certains cas biaisée. Soit elle met en valeur le candidat, soit elle montre des moments où il est en difficulté. Il suffit pour cela de lire le titre de la vidéo, la description ou de noter des coupes dans les interventions.

Il est aussi possible que la vidéo présente le candidat non pas en tant que politique, mais en tant que citoyen lambda, un être humain qui a ses hobbies, ses passions… Ce qui fait oublier son orientation politique et son programme de manière générale. Programme qui a un impact sur le pays et les gens qui y vivent (et des fois sur l’international et les relations avec les autres pays).

Certaines pratiques retirent donc le caractère éminemment politique des candidats à la présidentielle.

Conclusion

Assurément, le fait de parler de politique n’est pas en soi un problème. Mais les exemples que nous avons donné montrent que les influenceurs ne doivent pas « parler » de politique comme ils le font actuellement. Car même des phrases au premier abord anodines peuvent avoir des impacts sur la façon dont certaines personnes voient la politique et certains élus.

L’impact qu’ont les influenceurs sur les comportements de leurs abonnés n’est peut-être pas aussi important que nous le suggérons. Néanmoins, le risque reste probable. Par notre article, nous n’avons en aucun cas voulu jeter la pierre aux influenceurs, ni suggérer que les jeunes sont influençables.

Notre article invite seulement les influenceurs à questionner leurs propres pratiques (notamment sur les réseaux sociaux). Et nous leur posons la question suivante, qui invite au débat :

Que décidez-vous de faire de votre influence ?

La réponse nous sera donnée dans les prochains jours, lors des élections législatives. Nous verrons si les influenceurs sont aussi zélés en termes de communication que pour la présidentielle.

 

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